La mort

La mort

 

La grande inconnue

Ironie du sort, à l'heure où j'écris ces lignes, j'ai une pensée particulière pour ma grand-mère qui est sur le point de décéder. C'est pour elle le moment du départ vers ce monde inconnu, et comme pour chacun d'entre nous, la mort, qui souvent effraie, demeure le plus grand mystère de notre vie. Cette échéance mérite donc que nous consacrions quelques moments pour nous poser de vraies questions ? :

– Pourquoi la vie a-t-elle une fin ?

– Qu'est-ce que la mort ?

– La mort est-elle l'arrêt définitif de tout le capital d'une vie ?

– Y a-t-il autre chose après le trépas ?

Tenter de donner des éléments de réponses sur le sens de la mort, n'est-ce pas avant tout s'interroger sur celui de la Vie ?

 

Depuis la nuit des temps…

toutes les civilisations, toutes les peuplades, aussi "primiti­ves" soient-elles, accordent une valeur particulière à la mort et à l'après-mort. Les livres des morts tibétains et égyptiens témoignent encore de l'importance et de la fascination qu'exerce "le monde du néant" sur les hommes ; plus généralement, toutes les traditions possèdent, dans leurs rites particuliers, des cérémonies funèbres du départ vers l'au-delà.

Aujourd'hui, pour notre société dite moderne, la disparition d'un proche est toujours source d'interrogations, désarmant même les plus réfractaires à toute croyance. Paradoxalement ces incertitudes persistent, malgré le discours religieux qui évoque un enfer, un paradis, une réincarnation, un nirvana post-mortem. ou malgré les critères scientifiques qui confirment la mort définitive dès l'arrêt de l'activité du cœur et du cerveau.

Cette perplexité que le royaume de la nuit exerce sur tout un chacun est d'autant plus exacerbée que le milieu médical fait de la mort un véritable tabou, et cherche par tous les moyens à en reculer l'échéance fatidique. C'est ce que nous constatons trop souvent dans de nombreux cas d'acharnement thérapeutique. (L'actualité montre cependant des actions isolées d'euthanasie qui obligent véritablement la société à réfléchir).

En dépit donc des progrès de la science, en dépit des explica­tions nébuleuses données par les religions, nous ne savons toujours pas pourquoi l'homme s'éteint au terme de sa vie et encore moins ce qui l'attend après.

 

Une seule certitude !

Nous allons tous, un jour ou l'autre, mourir !

C'est peut être une lapalissade, mais nous nous dirigeons tous inexorablement vers notre "fin" ; et c'est sans doute la seule véritable égalité qui existe sur cette planète. Pauvres ou riches, bons ou mauvais, bien portants ou malades, après un bref passage à vivre ou survivre, le point focal de toute perspective humaine est la mort.

Faut-il pour autant en conclure que la raison de notre apparition sur terre est de mourir ?

Evidemment, nous ne pouvons négliger les quelques dizaines d'années de notre existence. Mais à comparer l'échelle humaine à l'échelle cosmique, la vie d'un homme équivaut à la durée d'un battement de cil. Ce temps si ridiculement court revient à dire que naître, c'est mourir. de notre vivant !

Poser ainsi la problématique sur la mort peut susciter un certain nombre d'incompréhensions. Si naître c'est mourir, cela revient à supposer qu'il y a une vie avant et peut-être "autre chose" après. D'ailleurs, si l'homme "meurt de son vivant", à quoi doit-il mourir ? Et pourquoi ?

« Les questions se posent : perdre son corps, est-ce simultanément perdre définitivement l'esprit, sa conscience d'être, sa mémoire, ses sensations, sa sensibilité, tout le capital d'expérience et d'élaboration d'une vie ? Pourquoi aussi toute l'écologie universelle protège la vie du bipède humain éphémère, alors que sa nourriture même le vieillit et le détruit ? Pourquoi cette écologie aux incidences innombrables et coordonnées subsiste en énergies et en matières, alors que l'humain disparaît ? Etc. On pourrait continuer à poser des pourquoi pertinents mais inutiles, si l'on n'a pas réalisé d'abord l'énigme primordiale qui demande la seule réponse, à savoir pourquoi l'homme pense l'univers ; en est le témoin et le subsistant, alors que cet univers le rejette ; conflit entre une gigantesque harmonie cosmique, intelligente et coordonnée et l'absurdité de la mort face à ce qui fait vivre. » André Bouguénec page 43 de "Couple et Alchimie".

Alors sommes-nous simplement des amas d'atomes nés de poussières (. d'étoiles) et voués à y retourner, ou bien une autre perspective se dessine-t-elle après notre existence ?

 

Une vision différente

Nous avons tous entendu parler de ces troublants faits divers appelés NDE (Near Death Experience) ou EMI (Expérience de Mort Imminente), relatés dans la littérature et portés à l'écran. C'est dans les années 60 que furent rendus publiques ces premiers témoigna­ges de mort imminente. Le Dr R. Moody, avec le succès de son livre "La Vie après la Vie", fut le précurseur dans l'édition de nombre d'ouvrages sur les NDE. Des femmes et des hommes narrent leurs expériences qui, curieusement, sont toutes identiques : la perception d'un tunnel noir, l'apparition d'une lumière blanche, l'accueil par des êtres chers. Ce qui ressort avec force de tous ces témoignages est l'incroyable sensation de bien-être. Autre point qui fait l'unanimité, c'est la douleur ressentie lors de la réincorporation de l'enveloppe charnelle ; cette expérience laisse souvent place au regret de n'avoir pas eu la possibilité de rester dans cet "ailleurs" et modifie considérablement la vie de ces voyageurs de l'au-delà.

Pour expliquer ces visions et ces sensations, certains affirment qu'il s'agit d'une substance sécrétée par le cerveau. Soit, mais comment expliquer les similitudes relevées dans tous les témoignages ? Aucune drogue ne procure à des individus les mêmes hallucinations. D'ailleurs, quelle serait son utilité, et pour quel objectif si la mort est une fin inexpugnable ?

Au demeurant, ces intrigantes observations mettent non seulement en évidence qu'il existe une continuité après la vie, mais ces sensations de bien-être et de quiétude – en opposition avec la rudesse du quotidien – imposent à ceux qui en ont fait l'expérience, une vision différente de l'existence, les rendant souvent enclins à plus de spiritualité.

 

Du monde des rêves…

Sans pour autant connaître ce genre d'expérience – qui se déroule souvent lors d'un drame – savez-vous que nous vivons tous quotidiennement un état comparable à celui de la mort ? Eh oui. le sommeil ! Ce sommeil pourtant si anodin représente une aperception saisissante du trépas. Pénétrons un moment dans l'univers de la somnolence et des songes, et comparons cette "perte de conscience" qui s'installe progressivement, tout en douceur, sans possibilité de lutter. C'est alors que Morphée – MORT FEE – nous accueille dans ses bras vers l'inconnu, le néant, et nous laisse entrevoir le pays d'avant naître. Evidemment le sommeil n'est pas la mort puisque le lendemain, tout naturellement et toujours inconsciemment, l'esprit reprend les rênes. Alors, que signifie cette analogie du passage de la conscience au sommeil, face au passage de vie à trépas ? Certes, le décès est une rupture physique brutale (dé-CÉDER) ! Il faut comprendre ici que le voyage vers ce lieu inconnu doit se préparer de notre vivant. Le départ d'une personne doit donc s'apparenter – comme pour le sommeil – à une transition sans discontinuité de la vie vers la mort. L'esprit qui se retire lorsque nous dormons, comparable à une perte de conscience, nous invite à réaliser que l'essence même de l'homme consiste à CÉDER, se dépouiller de ses miasmes et apprendre à trancher entre ses rêves et ses illusions (que nous sommes souvent incapables de démêler de la réalité). Voilà le sublime défit lancé aux endormis que nous sommes, engourdis dans une léthargie contagieuse malgré l'apparence trompeuse de notre monde agité dans de vaines exactions. Maintenant comprenez-vous mieux pourquoi Jésus était le seul Éveillé dans le jardin de Gethsémani, parmi tous ses apôtres endormis ?

 

… au monde des vivants

Voici un passage particulièrement éloquent d'André Bouguénec sur l'endormisse­ment du monde face à une autre réalité (page 118 d'"Entretien avec l'Homme") : « Le Monde est mort en "vérité" bien qu'il s'agite fébrilement, comme un moribond qui passe du sommeil au trépas sans en prendre conscience. C'est dans ce sommeil de la Mort que le Christ est venu jadis ressusciter la Vie, c'est-à-dire Susciter un Eveil à la Réalité. Vous savez maintenant ce qu'est cette Réalité et ce que sont les aveuglements et les artifices qui la masquent. Désormais éclairés, vous vivez éveillés parmi des milliards d'endormis, et parfois, hélas, leur sommeil vous fait vous s'assoupir, tellement est forte cette contagion, si vous ne faites l'EFFORT PERMANENT de rester EVEILLES sur la Conscience toute éclairée. Depuis la création du Monde, combien de fois il a été dit aux hommes qu'ils étaient endormis et qu'ils devaient s'éveiller ! Combien de fois lisons-nous, par exemple, dans les Evangiles : "Eveillez-vous." "veillez." ne dormez pas.". Les disciples de Jésus, "même dans le jardin de Gethsémani", tandis que leur Maître priait pour la dernière fois, dormaient. Cela dit tout !. Mais les hommes le comprennent-ils ? Ils prennent cela pour une figure de rhétorique, une métaphore. Ils ne voient pas que cela doit être pris au pied de la lettre ; il leur faudrait s'éveiller un peu ou tenter au moins de s'éveiller. Mais les gens lisent-ils les Evangiles en "dormant", comment s'apercevraient-ils qu'il est question de sommeil à toutes les pages et que le texte n'est d'un bout à l'autre, que l'Alerte de l'Eveil de la Vie, sous peine de ténèbres douloureuses comme mort éveillée ! » Du nouveau-né qui in-SPIRE sa première bouffée d'oxygène, pour marquer sa venue au monde, au moribond qui ex-SPIRE son dernier souffle, c'est tout une SPIRE-ritualité d'Eveil de notre Con-SCIENCE à la Vie qu'il nous faut ré-VEILLER – puisque enfouie au plus profond de nous-mêmes -. Bien entendu, c'est toujours une question de "Souffle", d'efforts choisis librement ; c'est à un véritable changement d'HUM-eur auquel l'HUM-ain doit s'exercer ; il lui faut avant tout mourir à ses orgueils, ses vanités pour devenir enfin HUM-ble.

 

Humus, Humeur, Humain.

Les mots "MoURIR" et "MURIR" ont pour origine commune "morire" qui signifie "faire de l'humus". Et l'humus, c'est de l'engrais naturel issu du pourrissement de végétaux. C'est à partir de cette merveilleuse alchimie cyclique de la Nature, que les nouvelles pousses puisent leur nourriture, germent, sortent et finissent par s'élever hors de terre pour leur épanouissement. Dans certaines traditions "l'apprenti" est confronté à la Mort et à la putréfaction symbolique. Son initiation lui apprendra à tuer le vieil homme qui est en lui, imagée parfois sur des peintures ou sculptures, par un homme écrasant une tête squelettique sous son pied. Il se débarrasse ainsi de ses métaux (lourds) qui le clouent et alourdissent la croix qu'il porte sur son chemin de vie, pour, en fin de parcours, se "Réintégrer" en "l'Orient Eternel". L'homme est une sorte de végétal qui doit, non pas végéter sur place, mais fructifier de son vivant en valeur de cœur et d'esprit. De son EN-TERREMENT, de son IN-HUMATION en Terre, il doit décanter et laisser pourrir ses humeurs d'humain, condition sine qua non pour croître ; alors, à partir de ce mûrissement AUTO-ÉLABORÉ (littéralement : se faire lui-même (AUTO) dieu (EL) par le Verbe (AB) et la Parole (ORE)), il reprendra en-FIN sa véritable place. Les propos de Jésus deviennent beaucoup plus limpides lorsque que ce dernier nous exhorte à laisser les morts (les morts-vivants) enterrer leurs morts ! A l'homme (ROM) de se déclouer de sa croix (T) et de son sommeil (MORT). Le premier pas qui le sort de sa torpeur, est de prendre conscience de l'ignorance de son origine et encore plus de sa finalité. Et c'est déjà une sacrée leçon d'humilité ! Alors il cesse d'exister sur terre (exister : se tenir en dehors), pour être, pour vivre dans la Vie. C'est l'éclosion d'un état d'endormissement et d'inconscience vers un état d'éveil lumineux : « Sachant qu'il nait pour mourir et faire mourir tous les instincts négatifs qui sont en lui, sachant que son périple terrestre est une "inhumation" pour renaître glorieux, sachant que son épreuve est d'apprenti créateur de vie, ses appétits seront équilibrés et joyeux, ses épreuves édifiantes et vite maîtrisées, ses facultés seront alors si généreuses et supérieures, que la notion, la vision et la sensation d'immortalité, s'installeront en lui. La mort sera vaincue car la Vie n'est que perpétuelle naissance puisque naître, c'est co-naître ses états d'esprit et ses états d'être différents, c'est être la métamorphose même puisque toute conception créatrice modifie sans cesse l'esprit de l'Homme-dieu dont l'Infini est la Source. » André Bouguénec "Couple et Alchimie" page 38.

 

La Mort = 79 = La Terre

Comprenez-vous mieux à présent cette égalité numérique entre la Terre et la Mort ? Ce lieu et cette échéance restent le passage obligé pour acquérir un capital de pensées et d'actes justifiant cette courte expérience sur cette terre d'élection et de sélection. Alors vient inexorablement le TREPAS = 79, lequel n'est autre qu'un passage (PAQUES = 79) s'ouvrant, selon les fruits de chacun, sur un devenir autrement spirituel. Christian Urvoy le développe remarquablement dans son ouvrage au titre éloquent "Nous sommes tous divins". Evidemment cette divinité se dévoile à la mesure des prises de conscience individuelle, matérialisées par les transformations de la personnalité. Et c'est bien là le but primordial de toute incarnation actuelle et future !

Quelques recoupements cabalistiques

LA MORT = 79 de l'homme passe nécessairement par un périple sur LA TERRE = 79.

Car L'HOMME = 66 doit librement édifier "UN IDEAL" = 66 avant de retrouver sa destinée Divine.

Ce faisant, LA MORT = 79 de l'être qu'il était, se muera et deviendra LA GLOIRE = 79 FUTure de ce qu'il FUT (c'est-à-dire un ange).

Avant son TREPAS = 79 l'homme doit, à travers ses choiX, multiplier (7 x 9) en lui des valeurs d'Amour pour devenir un futur DIEUX = 63 (= 7 x 9).

Avant cela, par-delà la mort, sachons que nous avons Eté, nous Sommes et Serons ; c'est juste une question de "ME"-"MOI"-RE ou un retour du Moi sur Soi, une re-flexion de l'homme sur l'esprit céleste qu'il fut – en tant qu'ange – et qui fut démembré (car "coupé" en 2), d'où le verbe anglais REMEMBER, se souvenir, RE-MEMBRER…

Nous ne cessons de le répéter, tout n'est que Verbe. Voyez… au-delà même de la MOrT émane le MOT, véritable A-TOM-E immortel de vie.

 

Patrick Rouger et Régis